La LFP. Souvent nommée et désignée (généralement à raison) comme responsable de nombreux maux du championnat français, au service d’une élite qu’on désigne comme telle alors que l’on ne sait pas réellement de qui on parle, dirigée jusqu’il y a 6 mois par une des moustaches les plus antipathiques de ces dernières années dans le football français derrière Guy Lacombe, elle a subi de nombreux bouleversements ces dernières semaines, accouchant de l’élection à sa tête de la méconnue Nathalie Boy de la Tour. La situation au sein même de cette ligue dont on a coutume de désigner ses membres comme des séniors grassouillets et déconnectés de la réalité, semble bien floue et réserve sûrement de beaux obstacles à sa nouvelle présidente.

Vendredi 11 novembre, au matin. La nouvelle tombe, Raymond Domenech, nom proposé au conseil d’administration de la ligue, avec Jean Michel Roussier, est élu à la tête de l’instance. Mais quelques heures plus tard, l’assemblée vote contre cette nomination, à 66%. Roussier se retire, il ne reste plus qu’un seul nom proposé : Nathalie Boy de la Tour. A coups de petits arrangements, de discussion dans les couloirs, la LFP a sorti un nom du chapeau dont même elle dira qu’il s’agit d’un « concours de circonstances ». Pour diriger le foot français. Belle organisation.

Un choix qui témoigne néanmoins d’une belle ouverture et, soulignons le, d’une certaine audace. Même si Boy de la Tour connaît les instances du foot (ex-déléguée générale de la FondAction du foot, fond de dotations), la LFP ne nous a pas concocté une élection d’un des sbires de Première Ligue (syndicat patronal dirigé par Romeyer et réunissant tous les clubs de Ligue 1 sauf Guingamp), institution assez privilégiée à la Ligue par rapport à l’UCPF (syndicat de tous les autres clubs pros), symbole de la guéguerre pitoyable au sein de l’instance depuis quelques années.

Boy de la Tour a tout l’air d’un plan B mais n’est pas totalement étrangère à ce petit monde. Elle aura fort à faire pour rapprocher les deux entités. Symbole de la querelle en octobre dernier, lors de la tentative de constitution d’un nouveau CA qui fut un échec faute d’accord,  l’Union des acteurs du football (UAF) a parlé de «champ de bataille» et critiqué le comportement de plusieurs dirigeants, tandis que le président de la Fédération, Noël Le Graët, constatait «une Ligue 1 coupée en deux». Car le soucis principal et « historique » dirons-nous, il est bel et bien là. La présidence Thiriez se résume en une ligne de conduite : le favoritisme pro-élite du foot français, et donc forcément des cadors du clan Première Ligue. En témoignait notamment le cas Luzenac, ou bien les échanges plus que douteux avec le président Al-Khelaifi. Sur l’augmentation considérable des droits TV, Thiriez est indiscutable. Mais à quel prix moral a-t-on vu réellement vu se réaliser ce bon bilan financier ? L’échec de sa volonté affichée par le plan « footpro 2012 » ont fini de vider la dernière goutte de crédibilité dont pouvait bénéficier Thiriez dans son océan de mauvais résultats : des droits TV plus hauts que jamais, certes, mais un foot français extrêmement médiocre sur le plan européen. Les résultats quoi. L’essence du foot, quoi. Mais non, l’argent c’est important. On le voit bien avec nos figurants en Ligue Europa par exemple.

Le mec avait quand même le toupet (ouais on se marre avec les blagues capillaires) de clamer ceci en 2007 : « Imaginons qu’en 2012, notre Championnat occupe la place de troisième à l’indice UEFA, une victoire a été remportée par un de nos clubs en Champions League, deux clubs au moins sont régulièrement qualifiés en quart de finale d’une Coupe d’Europe, 50% des joueurs de Ligue 1 sont internationaux, l’équipe de France comprend deux tiers des joueurs du Championnat, l’arbitrage est professionnel en Ligue 1 et assisté par la vidéo ».  Vous ajouterez à cela, toutes ces années, sa superbe gestion et communication avec les ultras. Merci Titi. Vraiment.

Six mois sont donc passés entre sa démission et l’élection d’il y a trois semaines. Entre temps, le gouffre entre UCPF et Première ligue s’est encore un peu plus creusé, les intérêts des deux groupes divergeant de plus en plus. Faire un rapide bilan est assez facile : depuis la création de Première Ligue, cette dernière se positionne pour une répartition financières toujours à l’avantage des plus gros, avec à sa tête le PSG et l’OL notamment, et l’UCPF lutte pour ne pas être étouffée. Première Ligue martèle son argument de représenter « 80% de l’économie du football français ». L’UCPF se défend, notamment sur les droits TV, et les conflits d’intérêts réémergent à chaque réunion ce qui paralyse l’institution. Sadran, le président de Toulouse, s’était au départ présenté à l’élection mais s’est retiré car selon lui, « la présence de certains présidents de Ligue 1 à la réunion signifiait une trahison au bénéfice de l’UCPF ». Situation nauséabonde, tout ça pour l’état actuel du foot français. On ne tire pas sur l’ambulance, on ne défend pas l’UCPF. On veut juste comprendre comment il est possible de réclamer autant de choses lorsqu’on n’en a pas la légitimité.

Nathalie Boy de la Tour arrive donc, n’ayons pas peur des mots, dans un joli petit merdier. Elle devra faire face à ces querelles internes sans prendre parti, avec recul, malgré le fait qu’on en doute déjà (Nath est quand même membre du CA du groupe OL Fondation… oui, on en finira jamais)… Mais avec son expérience, on est en droit d’attendre des choses simples mais essentielles. Un accord sur les droits TV satisfaisant le plus grand nombre et permettant aux petits clubs de survivre et aux gros de se bouger sur la scène européenne. Des discussions comme il peut y en avoir en Allemagne entre la Ligue et les ultras (oulala le méchant fumigène). La remise en cause de cette p***** de coupe de la ligue (prenons exemple sur l’Espagne notamment, en rendant la 6e place européenne et donc le championnat plus attractif). Son travail pour le foot féminin devra aussi être poursuivi.

Mais avec tant de travail dans un contexte aussi compliqué, on a le droit d’en douter, comme les supporters stéphanois ont pu le faire remarquer à leur manière :  » Caïazzo, NBT (Nathalie Boy de la Tour) : quand les marionnettes d’Aulas jouent les guignols à la Ligue « . Affaire à suivre, donc.

N.P